La bouteille

Du cul au col,
Remplie,
Dense des grains foulés,
Tu joues le rythme endiablé,
La marche fiévreuse des pensées,
Passagères de ton sein grenat.

Je t’en prie,
Bouteille,
Laisse moi t’analyser
Sur le divan de mon palais.

Bigrement

Les casse-pieds,
Bonbons,
Noisettes,
Les brise-menus en tous genres,
Je suis bigrement bien
En votre compagnie de rabat-joies.
J’aime les cailloux qui roulent,
Je suis un équilibriste,
Un trompe-la-mort,
Funambule suspendu
Sur le fil de votre incontinence.

Il a dit

Il a dit :
Ne vivez plus
Au-dessus des moyens
Que je vous donne.

Il a dit :
Travaillez plus,
Le travail est mon cadeau
Que d’autres n’ont pas.

Il l’a dit,
Redit,
Entonné,
Menacé,
Comme s’il avait tout dit,
Tous ses mots, sa litanie.

Je n’ai rien dit.
J’ai fait mon choix,
J’ai pris ma rue,
Mes pavés,
Ma colère.

Nous n’avons rien dit,
Juste déchu les rois.

Sylvestre

Qui va mourir aujourd’hui ?

Dans son lit,
Dans la rue
ou en Syrie ?

Entouré,
Isolé
Ou bombardé ?

Qui va mourir aujourd’hui
Ne verra pas l’année,
L’incrément ironique
Du compte-à-rebours.

Qui va mourir aujourd’hui
Et a vraiment passé
Une très bonne année ?

Mitraille

Tout va trop vite,
En besogne,
En rogne,
En cogne.
Les essaims me frôlent,
Insaisissables,
M’attisent,
Me déboulonnent.
Je penche à Pise,
Et me noie à Venise.
La lagune est verte,
Les canaux lacrymaux,
Remplis de charognes obscènes
Et d’amours mortes décomposées.
Ça sent la fin,
La fin des choses,
La fin des gens,
La fin des mots.
Besogne ! Rogne ! Cogne !