Sens unique

C’est la théorie,
Le jeu des concepts moqueurs
Et des miroirs déformants.
C’est la théorie qui chante
Pour imposer ses notes.
C’est la théorie qui brille
Et nous aveugle en hurlant.
Là-haut, sur son trône,
Son cul gras nous cache
Son assise honteuse,
Ses axiomes rongés
Par les vers de l’envie.

Émoussé

Je n’irai pas voir,
La ligne est trop droite,
La baïonnette trop pointue.
Je n’irai pas,
À un jet de balle,
Cueillir les morts,
Compter les corps.

Je n’y crois plus,
Je sais, c’est mal,
Tellement banal,
Je n’ai plus de larmes,
Plus rien ne m’alarme.

Et toi, qu’as-tu vu ?

Derrière la bâche

À travers la bâche,
Fripée,
Crevassée,
Ton sourire diffracté m’enchante.
Mais voilà que je m’inquiète :
Sans le prisme pétrolier,
Va-t-elle se dissiper,
La magie de l’imagerie ?
Va-t-elle dévoiler
Mon besoin d’imaginer ?

Triste sire

Je suis un triste sire,
Une salopette éventrée,
Je n’ai rien compris
Mais je dis beaucoup
Soyez optimistes !

Je suis un triste sire,
Un humaniste sédimenté
Sous les couches de crasse.

Je suis un triste sire,
Sous la croûte je cache
Mon cœur noir et inquiet.