Je t’ai vu passer – 3

Je t’ai vu passer.
J’en suis sûr.
J’y étais.
En terrasse,
Regardant passer les vies,
Les effleurant,
Comme on caresse des amanites
Des Césars ou phalloïdes,
Sans savoir le venin,
Pour se faire peur,
Pour jouer à l’interdit.
Je t’ai vu passer
Mais je t’ai oublié
Faute de t’avoir touché.

Le fétu

Quel dommage,
Ce sinistre remaniement
De mes sentiments encoffrés,
La fuite en avant de mes cheveux
Dans le vent de ma course au large,
Ma poursuite solitaire
De ce fétu ridicule,
La liberté aujourd’hui.

Mon pied gauche

Je marche,
Mon pied,
Le gauche,
Louvoie sitôt posé le talon.
Je marche,
Je sais,
C’est moche,
De marcher de cette façon.
Je marche,
Ça y est,
Fastoche,
Il veut botter le cul d’un bouffon.
Je marche,
Mon pied,
Le gauche,
Il vote de cette étrange façon.

Avalanche

S’élever,
Sur le mur,
Les tessons,
Les salauds,
Se grandir,
Mes épaules,
Tes pieds,
Ta main,
La mienne,
Faire lien,
Grandir,
Noyau dur,
Châtaigne,
Fruit mûr,
Pêche,
Verger,
Grêle,
Redoubler,
Fusionner,
La foule,
Fouler,
Les tapis,
Précieux,
Bien sûr,
Tapis verts,
Soulever,
Regarder,
Dessous,
S’insurger,
Insurrection.

Auto-persuasion

Je n’ai rien à faire
Des outrages éberlués
Et de l’infamie qui broute
Nos beaux champs guerriers.
Je n’ai rien à faire
Des cris des curés,
Les sermons souterrains
Si vite oubliés.
Je n’ai rien à faire,
N’ayez aucun doute,
Que voulez vous
Que ça me foute ?