Sur le muret

Quelles sont ces bouteilles
Vides
Que le vent fait jouer
En ré mineur ou que sais-je ?
Quelles sont ces bouteilles
Étranglées
Exsangues
Sans substance ni éthanol ?
Juste un pli dans l’oreiller
Le rêveur est parti
L’âme est volatile
Vaporeuse
Un dessous chic
Reniflé par le diable
Sitôt sniffé sitôt soufflé
Et la résille gitane s’envole
Ne laissant que le verre
Vide
Verdâtre
Et cassant.

Le dérapage

D’où viendra la faute
Le coup brusque
La rupture d’adhérence
À l’asphalte noire et tiède
Goudron qui coule de nos espoirs éteints ?
Quand la dernière sortie
Définitive
De la voie tracée comme un tunnel ?
Le pilote automatique
Capteurs
Processeurs
Intelligence embarquée à fond de cale
Sous les lingots de l’ambition
Et la profusion de l’ego
Le pilote ne verra que le mur
Trop tard
S’effondrer
Enfin.

Le bourgeon de la colère

Le poing
Sorti du tronc
Un bout de lune blanche
Dans le creux de la paume
Le poing
Bourgeon de la colère
Fermé sur son amour
Les pleurs qui suintent
Le poing s’envole
Fléau d’armes qui danse
Danse fracasse
Met la danse aux menaces
Aux verrous tenaces
Aux rapaces
Le poing libère
Laboure la place
Pour la naissance au soleil
Des couleurs inconnues.

Derrière la palissade

Il y a des grues, des camions, des casques et des bottes. Il y a du bruit, des coups portés à un métal inconnu. J’entends des cris aussi. Un outil qui manque à l’appel ? Pour le moment, seul un étage de béton brut émerge des palissades. Bientôt, si j’en crois le grand panneau promotionnel, des enfants joueront sous de grands arbres pendant que leur maman, sur une terrasse, profitera d’un soleil printanier. Bientôt, ici, des vies éliront domicile et les ouvriers partiront construire d’autres nids, à coups de grues et de camions, les bottes dans la boue et le casque sur la tête.