Trop longtemps

J’ai dû dormir
Trop longtemps
Les yeux fermés clôture
Bien au chaud
Dans le troupeau de mes songes
J’ai dû dormir
Rien n’a changé
Aujourd’hui encore
Chacun porte sa croix
Ils l’ont bien sûr inventé
Le dernier ordre moral
Le poids du bois goudron
Du mérite absent
Sur les nuques friables
Du ciel il n’est plus question
L’espérance est derrière la vitre
L’écran haute-définition
Juste une vibration
Un ballon qui passe
J’ai dû dormir
Les causes et les effets sont enfermés
Dans notre liberté barbelée
Chacun sa verte prison
Sa bouteille de piquette
Acide gastrique
Comme unique vérité
L’humilité à noyé les instincts
J’ai dû dormir
Trop longtemps
Mais il n’est jamais trop tard
Pour redonner vie à la vie.

Briser ces rêves

Ces instants qui n’existent pas
Comme des geôles sans fond
A perpétuité rêver
Baiser volé
De starlette bidon
Un jour gagner
A l’euro-million
Mes rêves enchaînés au rocher
Face aux marées
le ressac dans la face
On me parle de liberté
Et en même temps
On me vend du vent
Une lame dans les ailes
L’air de rien
On m’ampute
Ils sont malins
les joueurs de flûte
Regarde ces moignons strass
Tout au fond de la nasse
Moules et palourdes
Ne peuvent s’envoler.

Les chaises

Deux chaises blanches dans le jardin
Deux chaises vides en plastique blanc
Pâles et inutiles dans la nuit
Deux traces de ceux qui s’y assirent
Pour souffler sous l’arbre
Expirer la douleur de la journée
Évaporer la bulle d’eau derrière les yeux
Deux chaises blanches pour ne pas pleurer.

La membrane

Peut-être est-ce par osmose
La violence qui s’égrène
Germe au printemps
Les grenades et les poings
La misère et la faim
Comme un virus
Un germe artificiel
Plaqué partout
Dans les gueules assoiffées
Un couvercle d’acier
Sur les cris étouffés
Le désir étranglé
Qui n’a plus que ses bras
Épouvantail
Quand le bâillon éteint son chant.

Sur le muret

Quelles sont ces bouteilles
Vides
Que le vent fait jouer
En ré mineur ou que sais-je ?
Quelles sont ces bouteilles
Étranglées
Exsangues
Sans substance ni éthanol ?
Juste un pli dans l’oreiller
Le rêveur est parti
L’âme est volatile
Vaporeuse
Un dessous chic
Reniflé par le diable
Sitôt sniffé sitôt soufflé
Et la résille gitane s’envole
Ne laissant que le verre
Vide
Verdâtre
Et cassant.

Le dérapage

D’où viendra la faute
Le coup brusque
La rupture d’adhérence
À l’asphalte noire et tiède
Goudron qui coule de nos espoirs éteints ?
Quand la dernière sortie
Définitive
De la voie tracée comme un tunnel ?
Le pilote automatique
Capteurs
Processeurs
Intelligence embarquée à fond de cale
Sous les lingots de l’ambition
Et la profusion de l’ego
Le pilote ne verra que le mur
Trop tard
S’effondrer
Enfin.